
Les proverbes sont issus de la sagesse populaire. Validés par le temps, ils sont le fruit de la réflexion et des
commentaires qu’inspire aux humbles, aux gens du peuple l’observation de la vie - une vie souvent dure, plutôt avare en gratifications.
Moralistes ou ironiques, sévères ou malicieux, ils donnent à penser le sens des choses, enseignent à quoi il faut s’attendre et à qui s’en remettre ici bas, visent à consoler du mal ou à prévenir celui-ci. Recueillis puis
ramassés dans un manuel, ils forment alors une source précieuse de connaissances, aussi bien pour celui soucieux de se ressourcer auprès des anciens que pour l’étranger avide de découvrir une culture. C’est dans
cette tradition que s’inscrit le recueil « La barque passe, le quai demeure ».
Les auteurs, Anne Yvonne Guillou et Isabelle Fournier-Nicolle, deux Françaises passionnées par la culture
du peuple khmer, ont entrepris il y a plus d’une quinzaine d’années de recueillir ces maximes, ces dictons. En les couchant par écrit en khmer, en français et en anglais, elles rendent ainsi accessibles au plus grand
nombre ces petites « méditations » cambodgiennes. D’autant plus précieuses que la parole est aussi en pays khmer un art du camouflage.
Le choix établi reflète aussi bien la sagesse quotidienne des Cambodgiens que la sensibilité des auteurs, qui ont retenu les pensées les plus révélatrices à leurs yeux des caractères de ce pays.
Changements et continuité
La période à laquelle la majeure partie de ce travail a été réalisée retiendra aussi l’attention du lecteur : le début des années 90 correspond à la réouverture du Cambodge au monde extérieur, un temps de brusques
évolutions autant sociales que culturelles.
Certains proverbes semblent offrir un commentaire autant qu’une mise en perspectives de ces évènements. Ils démontrent que, loin de se réduire à un assortiment de pensées désuètes, les proverbes offrent aux
Cambodgiens un cadre pour appréhender cette période de transition. En mettant à jour la permanence de certaines pratiques derrière les proclamations fallacieuses de rupture. En épinglant d’une formule « bien
sentie » la vanité des ambitions. Ou encore en opposant à la corruption morale du jour un corpus de valeurs inaltérables, ou de vérités supposées éternelles.
Les photographies qui accompagnent les maximes, et qui datent aussi de cette période, sont à la fois ancrées dans leur époque et pourtant intemporelles. Jouant avec l’esprit et la lettre, limpides ou au contraire
énigmatiques, elles contribuent judicieusement aux « interprétations contrastées » évoquées dans l’avant-propos. Car toutes les clés ne sauraient être données à l’avance. À chaque lecteur d’établir cette «
promenade » à son gré, et laisser telle ou telle sentence résonner en lui.
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Permanence consulaire à Siem Reap
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